Depuis janvier 2017, cinq axes de recherche ont été identifiés comme prioritaires pour le CIRAM:

  1. Religion, politique et espace public
  2. Conflits et droits humains
  3. Économie politique de la globalisation: l’insertion de l’Afrique et du Moyen-Orient
  4. Création et transmission des savoirs
  5. Environnement et développement durable

1. Religion, politique et espace public

Cet axe porte sur les dynamiques qui s’observent entre religion, politique et sphère publique tant en Afrique qu’au Moyen-Orient. En effet, depuis les années 1970, différents courants de l’islam politique ont gagné une certaine influence dans plusieurs milieux sur le continent (pays du Maghreb, du Machreck, différents pays d’Afrique subsaharienne) soit auprès des jeunes, des femmes, des élites et ont contribué à un changement de dynamiques dans les relations entre le religieux et le politique. Ainsi la laïcité de l’État, le Code de la famille, l’instauration de la sharia, l’hypermoralisation des mœurs comme corollaire au foisonnement de pratiques et idées rigoristes et à la montée du piétisme sont devenus des questions récurrentes et ont pris le devant de la scène publique. C’est avec les années 1990, dans un contexte de (relative) démocratisation, de privatisation et de décentralisation, de migration à l’échelle nationale et transnationale et d’effets de la mondialisation qu’a été observée une accélération de la montée en puissance du religieux dans les espaces publics nationaux.

Dans ce cadre ont émergé des figures du religieux médiatisées (hommes comme femmes) et des «figures de la réussite» islamiques. Elles pilotent notamment la construction de complexes socio-éducatifs (mosquées-madrasa), lancent des radios et des chaînes de télévision ou des partis politiques, ouvrent des agences de voyage pour le hajj (pèlerinage à La Mecque), créent des ONG islamiques pour pallier le retrait de l’État. Ce sont des figures qui ont gagné progressivement en visibilité et en légitimité dans la sphère publique et ont montré leur capacité de mobilisation et de recrutement au point parfois de devenir des acteurs sociaux incontournables aux yeux des états et des populations voire des leaders d’opinion. Leur réussite et leur visibilité montrent à quel point elles sont su contourner avec brio les contraintes et normes sociales, font évoluer les relations intergénérationnelles, les rapports de genre et ont su manier le jeu politique en utilisant plusieurs stratégies vis-à-vis de l’État soit la ruse, l’évitement, la confrontation et/ou la collaboration. C’est ainsi que dans cet axe, les chercheurs mèneront une réflexion comparative, minutieuse et nuancée sur ces dynamiques religieuses en optant pour des approches qualitatives et quantitatives à différentes échelles (interrégionales, sous-régionales, nationales et locales).

2. Conflits et droits humains

Le continent africain est le continent sur lequel la prévalence des conflits armés et des situations de violence est la plus forte et auxquels sont associés des enjeux liés au respect des droits humains. Ceci a une incidence naturelle sur la manière dont ces situations sont appréhendées au sein du CIRAM. En effet, celles-ci ne peuvent plus être étudiées en vase clos. Par exemple, toute situation de violence ou de conflit porte en elle/lui-même des raisons politiques, économiques ou encore ethnographiques dont dépend un cadre juridique déterminé. De même, les enjeux de droits humains ont des imbrications politiques, économiques et juridiques. Il est alors essentiel d’opérer un croisement des analyses, les unes nourrissant les autres, pour aboutir à une compréhension holistique de ce champ. La pluralité d’approches fait de cet axe un angle de recherche véritablement pluridisciplinaire.

3. Économie politique de la globalisation: l’insertion de l’Afrique et du Moyen-Orient

Cet axe 3 porte sur la place de l’Afrique et du Moyen-Orient à l’ère de la globalisation. Il s’agit de mettre la focale sur les dynamiques (endogènes et exogènes) qui sont à l’œuvre dans cette partie du monde avec une perspective qui intègre à la fois l’économie, l’environnement et le social. Une telle perspective permet d’aborder autrement les enjeux et défis liés aux migrations et à la mobilité au sein et en dehors de cette région. Dans cet axe, les chercheurs mènent une réflexion qui se veut critique, en mettant notamment en exergue les initiatives propres au continent, le soutien et l’appui des acteurs de l’international (comme des dispositifs mis en place de finance inclusive) confrontés au rôle et à l’influence des acteurs comme les puissances européennes, les États-Unis, le Canada et les nouveaux partenaires comme la Chine et les pays émergents (coopération Sud-Sud avec les BRICS). Par exemple, la réalité et l’ampleur des mutations attribuées au numérique et aux technologies émergentes dans les entreprises médiatiques seront questionnées. Cet axe interroge, tout en la soulignant, l’insertion de l’Afrique et du Moyen-Orient dans les relations internationales d’un point de vue tant politique, économique que stratégique. Il apparaît aussi évident que ces dynamiques peuvent aussi agir directement sur le bien-être des populations. On pense par exemple à l’introduction ou au changement des politiques publiques ainsi qu’aux chocs exogènes (comme la hausse des prix alimentaires ou le changement climatique) ou aux transformations structurelles qui sont reliées aux différentes étapes du développement économique. Les effets qui en sortent peuvent générer des importants impacts sur le bien-être des individus, qui normalement se différencient au sein de la distribution.

4. Création et transmission des savoirs

L’axe 4 porte sur les enjeux et les développements en matière de création et de transmission des savoirs en Afrique et au Moyen-Orient. Il analyse notamment les enjeux d’accès (vs exclusion), de partage (vs accaparement), de valorisation (vs négation) et de confrontation (vs hybridation) des savoirs et des connaissances dans ces régions sous différentes perspectives (politique, sociologique, historique et communicationnelle) et selon diverses approches (compréhensive, fonctionnaliste et critique). Il mettra à contribution les expertises complémentaires des membres du Centre dont les travaux abordent directement ou indirectement ces questions chaudes.

L’axe traite en particulier 1) de la problématique du droit à l’éducation (le droit à quelle éducation?) et des conditions de son effectivité; 2) des nouvelles régulations qui organisent les systèmes d’éducation à différents niveaux (du préscolaire à l’enseignement supérieur); 3) des nouveaux acteurs qui investissent et réorganisent le champ; 4) des inégalités et injustices cognitives et de leurs répercussions sur ces régions et 5) des avenues endogènes prometteuses qui s’y développent en réponse aux enjeux évoqués.

5. Environnement et développement durable

Cet axe vise d’une part, le renforcement du droit de l’environnement dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient en examinant le droit de différentes juridictions afin de les comparer et d’en examiner l’applicabilité et l’adaptabilité, dans leurs contextes propres. L’axe se préoccupe, d’autre part, de la poursuite d’une «justice environnementale» entre les pays développés et les pays en développement du continent africain et du Moyen-Orient. À ce titre, les recherches contribuent à proposer des mesures afin que les obligations environnementales internationales, relatives aux changements climatiques, à la conservation de la biodiversité, à la lutte contre la désertification, à la protection de la couche d’ozone, au commerce international des espèces de leur faune et de leur flore, et à la gestion écologiquement rationnelle des déchets qui sont importés sur leur territoire, des pays développés et des pays en développement soient proportionnelles à leurs externalités négatives et à leurs capacités et besoins respectifs.

Cette équité environnementale implique également de se questionner sur la suffisance et l’efficacité du renforcement des capacités et de l’assistance financière et technologique qui doit être déployée par les États les mieux nantis, au profit des autres. Les questions diverses que posent les migrations environnementales, l’adaptation aux changements climatiques, la prospection des ressources génétiques des pays africains, et le développement de nouveaux programmes de développement durable alliant compensations financières, solidarité sociale et implications des populations, sont également au centre de cet axe de la programmation du CIRAM.